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Qu’est-ce que la démarche Low-tech ?

On entend souvent dire qu’il n’y a pas encore de définition précise au sujet de la démarche Low-tech, mais c’est oublier l’excellente note produite par un groupe de travail dont ont fait partie, entre autres, Philippe Bihouix, Arthur Keller et Agnès Sinaï Vers des technologies sobres et résilientes – Pourquoi et comment développer l’innovation « low-tech » ? – La Fabrique écologique – Avril 2019. On y trouve un certain nombre de précisions, de nuances essentielles et une définition de la démarche Low-tech que je me permets de te partager ici afin de nous faire tous gagner un temps précieux.

Sommaire

Définition de la démarche Low-tech selon la Fabrique écologique


« Les low-tech, par opposition aux high-tech, sont une démarche visant, dans une optique de durabilité, à questionner nos besoins réels et développer des solutions aussi faiblement « technologisées » que possible, minimisant l’énergie requise à la production et à l’usage, utilisant le moins possible de ressources / matériaux rares, n’infligeant pas de coûts cachés à la collectivité.


Elles sont basées sur des techniques les plus simples possible, les moins dépendantes possible des ressources non renouvelables, sur des produits réparables et maintenables dans la durée, facilitant l’économie circulaire, la réutilisation et le recyclage, s’appuyant sur les savoirs et le travail humain digne. Cette démarche n’est pas seulement technologique, mais aussi systémique. Elle vise à remettre en cause les modèles économiques, organisationnels, sociaux, culturels. À ce titre, elle est plus large que l’écoconception
[1]. »


Une autre manière, moins « technocratique », de définir la Low-tech en tant que démarche serait de la résumer comme une philosophie où l’on se pose trois questions :

Sobriété / Frugalité

Est-ce utile*, est-ce que ça vaut la dépense d’énergie et de ressources ?

*répond à des besoin essentiels, accès à l’eau, alimentation, habitat, hygiène, transports etc.

Durabilité forte

Est-ce réellement le plus soutenable* possible (écologiquement et humainement) ?

*répond à la nécessité de robustesse, de réparabilité, de recyclabilité, et évite les externalités négatives.

Résilience

Est-ce que ça nous rend plus résilients, autonomes, agiles ?

Accessibilité prix, compétences, connaissances et simplification de la chaîne logistique.

Tu noteras que ces trois questions peuvent aussi te permettre de questionner la nature de tes achats, au quotidien.

Quelle différence entre Low-tech et démarche Low-tech ?

La démarche Low-tech se différencie du terme « Low-tech » qui concerne davantage l’objet (collecteur solaire thermique, four solaire etc). On pourrait donc dire que les Low-tech en tant qu’objets découlent de la démarche Low-tech. Cela rejoint en ce sens les propos d’Arthur Keller, selon lui la démarche Low-tech est « une approche, une méthode, une vision, une philosophie. C’est presqu’une culture. Cela dépasse largement la question technologique stricte. C’est une démarche d’ensemble qui permet de se remettre en conformité avec les limites planétaires, c’est-à-dire de ne pas consommer davantage d’énergie , de matériaux et de ressources que ce que la Terre peut durablement fournir[2]

La démarche low-tech converge d’ailleurs avec celle des adeptes du « fait maison », du zéro déchet, du « locavorisme » ou du slow food… Cette définition nous offre aussi la possibilité d’imaginer ce que serait un bâtiment, un internet ou même une voiture « Low-tech » en attendant que l’urbanisme redessine, au profit du vélo, les villes moyennes de campagnes sur le modèle de la ville Low-tech.

Il est cependant normal que les secteurs tels que la santé, la recherche et la défense restent majoritairement High-tech, et ce tant que nous le pourrons. Personne n’a envie d’un dentiste, ni d’un chirurgien Low-tech. Cependant la Low-tech a aussi démontré son efficacité dans la santé, comme par exemple les chiens renifleurs pour la détection de cancers [3], ou en ce moment même à l’étranger pour la détection de la COVID-19[4]. De plus le gel, les masques (pour peu qu’ils soient réutilisables), la distanciation sociale et le confinement, sont une réponse Low-tech. Il est aussi primordial de garder de la High-tech dans la défense afin de conserver notre force de dissuasion, même si là encore la Low-tech a démontré qu’elle était nécessaire dans le domaine militaire pour pallier à la fragilité de la High-tech. En effet, certaines méthodes sont encore enseignées, apprendre à lire une carte papier ou encore transporter du matériel à dos d’ânes jusqu’au endroits difficiles d’accès [5].

Économiser davantage les ressources dans les autres secteurs d’activités nous permettra d’ailleurs à terme de conserver la High-tech dans les secteurs clés précédemment cités. Une France première Low-tech Nation n’est donc pas une France 100% Low-tech mais une France avec un mix Low-tech/High-tech. Il est tout de même préférable sur le plan écologique et en terme de résilience face aux chocs à venir, que ce mix technologique soit en faveur de la Low-tech dans la majorité des secteurs d’activités.

Comment détecter le Low-tech washing ?

Le Low-tech washing consiste, pour une entreprise, à communiquer sur le terme Low-tech afin de profiter de l’engouement et ce dans le but de gagner en visibilité / générer du chiffre d’affaire, alors même que le modèle de cette entreprise ne respecte pas la démarche Low-tech. Parfois même ce type d’entreprise joue sur plusieurs tableaux et se considère aussi bien Start-up de la French-tech, future Licorne, que Low-tech. Oxymore ? Effectivement c’est un non-sens.

Prenons l’exemple réel d’une entreprise qui récupère les déchets plastiques des océans afin de les revaloriser. Au départ l’intention de récupérer les déchets plastiques des océans est noble (ou pas si ce n’est pas le but premier). Protéger/restaurer la biodiversité, ainsi que la santé humaine (puisque le plastique se retrouve aussi dans nos assiettes via les poissons que nous mangeons) est important.

Cependant se pose la question de savoir comment revaloriser ces tonnes de déchets plastiques ensuite ? Cette entreprise a par exemple le choix de les revaloriser en mobilier de jardin/urbain, consommables plastiques dans le secteur de la santé etc. et resterait donc dans la démarche Low-tech.

Ou bien au contraire elle peut faire le choix, par appât du gain, de les revaloriser à grande échelle, en diesel via la pyrolyse, et à ce moment là cette entreprise n’est plus dans la démarche Low-tech. Pourquoi ? Posons-nous les bonnes questions :

Est-ce que ça serait utile, est-ce que ça vaudrait la dépense d’énergie et de ressources ?

Cela n’empêcherait pas l’extraction de pétrole au vu de la dépendance mondiale et de la difficulté que l’on va avoir à s’en passer. Cette « réserve de pétrole » viendrait donc s’additionner aux réserves géologiques existantes, les émissions de CO2 liées à la combustion du diesel de plastiques s’additionneraient aussi aux émissions actuelles. Favoriser un surplus d’émissions de CO2 dans l’atmosphère dans le contexte actuel, ne serait-ce pas la dernière chose à faire ? De plus avec les gains d’efficacité, on pourrait logiquement s’attendre à ce que le prix du litre de diesel plastique devienne inférieur au litre de diesel classique. Alors comme il s’est toujours vérifié, l’effet rebond ou « paradoxe de Jevons » augmenterait alors la consommation de diesel, aggraverait l’urgence climatique et retarderait d’autant plus cette impérieuse et urgente transition.

Est-ce que ça serait réellement le plus soutenable possible (écologiquement et humainement) ?

Ce ne serait écologiquement et humainement pas le plus soutenable, puisque les déchets plastiques peuvent être recyclés en mobilier de jardin/urbain, systèmes de récupération d’eau de pluie, consommables plastiques dans le secteur de la santé etc. De plus cette technologie est principalement destinée aux populations Africaines pour une utilisation domestique et se destine donc à un grand marché. Ce surplus d’émission de CO2, à cause des conséquences du réchauffement climatique sur l’agriculture, va en effet tuer bien plus de personnes sur le long terme dans ces même régions, que l’utilisation du diesel de plastiques ne va les aider. En effet chaque dixième, centième de degré gagné dans la lutte contre le réchauffement climatique épargnera des millions de vies.

Est-ce que ça nous rendrait plus résilients, autonomes, agiles ?

On pourrait parler de résilience, si le diesel produit à partir des déchets plastiques, n’était utilisé qu’en cas d’urgence par les hôpitaux, et/ou l’armée. Enfin où est la notion d’accessibilité, si une technologie comme celle ci est protégée par des brevets, et vendue à un prix de 50 000€ aux collectivités Africaines ? Enfin on peut douter de la sincérité de cette entreprise quand elle dit voir cette technologie comme une solution temporaire. A t’elle le même message auprès des collectivités Africaines ? « On vous propose d’investir 50 000€ dans une solution temporaire, soit l’équivalent de 550 SMIC Sénégalais ».

Il est évidemment important de récupérer les déchets plastiques en mer, mais il est tout aussi important de regarder l’utilisation que l’on en fait afin de rester dans la démarche Low-tech. On peut donc dire, que certaines « Low-tech », pour rester dans la démarche Low-tech, doivent rester à une échelle artisanale et ne doivent être utilisées qu’en cas d’urgence seulement, au risque sinon de voir plus d’effets négatifs que positifs. Une Low-tech comme la pyrolyse de déchets plastiques en est un parfait exemple.

Quelle démarche pour éviter le Low-tech washing ?

Je t’invite à nous aider en faisant une veille au quotidien sur les réseaux sociaux via le hashtag #lowtech. Le moyen le plus simple est de se poser à chaque fois, pour un même produit ou pour un même service, les 3 questions suivantes :

Sobriété / Frugalité

Est-ce utile, est-ce que ça vaut la dépense d’énergie et de ressources ?

On questionne ici la sobriété ou frugalité, quel est le coût-bénéfice du bien ou du service pour la collectivité sur le long terme. Cela répond-t-il à des besoin essentiels, accès à l’eau, alimentation, habitat, hygiène, transports etc. ?

Durabilité forte

Est-ce réellement le plus soutenable possible (écologiquement et humainement) ?

Ici on questionne la manière dont a été conçule du produit ou du service, à savoir si il a été pensé afin d’avoir l’impact environnemental et social le plus faible possible, cela se rapproche de la notion de durabilité forte.

Résilience

Est-ce que cela nous rend plus résilients, autonomes, agiles ?

Enfin il est question ici de résilience face aux chocs liés à la contrainte énergétique, aux conséquences du réchauffement climatique, à la crise de la biodiversité, à la raréfaction des métaux stratégiques, et aux risques majeurs etc.). Souvent sont soulevées les problématiques de dépendance au pétrole, de longueur et complexité des chaînes logistiques, et de l’accessibilité du bien ou du service, tant en terme de prix, que de connaissances et/ou de compétences.

Bien entendu pour être dans la démarche Low-tech il faut que le service ou le bien obtienne 3 oui. Si ce n’est pas le cas, alors tu peux inviter publiquement l’auteur du post à répondre à ces trois questions..

Je t’invite à partager cet article afin de diffuser au maximum les idées de la démarche Low-tech, ainsi qu’à partager la note produite sous l’égide de la Fabrique écologique – Comment développer l’innovation Low-tech ?. Tu peux aussi m’aider à diffuser la démarche en me soutenant sur buymeacoffee ou tipeee. N’hésite pas à me dire en commentaire si tu as une autre définition de la démarche Low-tech. Enfin si tu le souhaites, je t’invite aussi à venir découvrir les 10 livres pour comprendre la démarche Low-tech.

Protégé par duplichecker.com

[1] Vers des technologies sobres et résilientes – Pourquoi et comment développer l’innovation « low-tech » ? – La Fabrique écologique – Avril 2019

[2] Arthur Keller #80 – Les Low-Tech Solutionsacteursduparisdurable.fr

[3] Les chiens sont capables de détecter un cancer avec 97 % de fiabilité – Futura-sciences.com

[4] Chiens renifleurs du Covid : un succès à l’étranger, un échec en France

[5] 7è BCA

Émilien Bournigal
Bonjour ! Moi, c’est Émilien. Particulièrement intéressé par les discours de Philippe Bihouix , Arthur Keller, Agnès Sinaï , Jean-Marc Jancovici ainsi que par les écrits de Lewis Mumford, je crois en l'avenir de la ville Low-tech (vivante, frugale et résiliente), elle est d'ailleurs la motivation principale de ma reprise d'études en urbanisme et résilience territoriale. Mes articles seront régulièrement mis à jour au grès de de mes échanges avec les acteurs de la démarche Low-tech, de ma progression en rédaction, ainsi qu'au grès de ma réflexion (je débute). N'hésite pas à venir me parler sur Linkedin et à consulter le bas page "à propos" pour en savoir plus. Merci

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